Vincenzo di fronte al palco

La rue des Mages, la rue de la culture

Amy Rodighiero12 juillet 2021

Une dame regarde de loin quatre scouts arranger des chaises colorées et des musiciens sortir leurs instruments des étuis. Perplexe, elle se demande comment elle ira déplacer sa voiture avec la route bloquée par un public et une estrade. 

En gesticulant, Vincenzo lui fait signe de s’approcher. « Aujourd’hui il y aura une soirée musicale et l’inauguration d’une exposition, Madame Maryam », lui explique-t-il avant de se tourner vers l’un des garçons et de lui demander d’aider la vieille dame à faire marche arrière avec sa voiture.

« Vous y viendrez ? » lui demande Vincenzo qui gère les projets de pro Terra Sancta à Bethléem. « Peut-être », répond Maryam énigmatique. Un sourire amusé lui ondule les lèvres. « Ici au milieu de la rue ? » demande-elle. « Ici, au milieu de la route », répond Vincenzo en riant, « exactement ! ».

La culture envahit la rue de l’étoile

Le mini festival culturel, mini parce qu’il dure deux semaines et se concentre dans l’espace du beau Mosaic Centre de Bethléem, magasin et atelier réalisé à partir d’une vieille boulangerie avec même un énorme four, a envahi la Star Street.

« Star Street est la plus ancienne rue extérieure à la vieille ville de Bethléem » nous explique le Maire de la ville. Comme l’étoile comète qui donne son nom à la rue, des foules de pèlerins passaient par Star Street pour rejoindre la proche basilique de la Nativité. 

Autrefois, cette zone était animée par des ateliers artisanaux de toutes sortes : certains travaillaient le bois d’olivier, d’autres créaient des chefs-d’œuvre de nacre ou fabriquaient des objets et des bijoux en argent.

Puis, avec le temps, le changement des goûts, la récession économique et le coup fatal dû à la pandémie, cette rue si animée s’est vidée et a été peu à peu abandonnée par les propriétaires des magasins.

Un regard nouveau sur les lieux de toujours

Ici, maintenant, dans les jolies maisons en pierre aux portes colorées de lilas, jaune et turquoise, une intervention esthétique faite récemment par la municipalité pour commencer à récupérer la zone, ne restent que des personnes âgées. 

Leurs visages sont les plus beaux aperçus de la rue, des intérieurs de maisons, des entrepôts, des anciens laboratoires et des palais nobiliaires, animant les photographies d’Elias Halabi. Son exposition s’intitule « Veines » : veine est la voie animée par le circuler de personnes, d’histoires et de l’identité des habitants de Star Street.

« Nous voulions que les protagonistes de cette initiative soient les habitants de la zone », explique Vincenzo, « et l’idée d’organiser un événement dans la rue nous plaisait : il est utile pour regarder les espaces auxquels nous sommes habitués de manière différente ».

Culture sous le balcon

Le festival, rendu possible par la collaboration avec la Municipalité et la Fondation Assistance Internationale, a été accueilli avec curiosité et intérêt, mais un peu de timidité : on n’est pas habitué aux expositions et à la musique live pour exalter la beauté, l’histoire et la culture d’un quartier. 

« La culture est perçue comme élitaire ici. Si les gens ne sont pas habitués à se déplacer de leur maison, c’est nous qui apportons la culture chez eux, ou mieux, sous leur balcon ! » ajoute Vincenzo.

« Nous avons envie de récupérer ces espaces et de les voir se ressourcer avec des cafés, des magasins, des endroits où écouter de la musique live. Dans la vieille ville il n’y en a pas parce qu’il manque des parkings et les jeunes se déplacent hors de la ville chaque fois », explique Issa. 

Issa Babish s’occupe de la gestion de nos Guest-house et des projets de valorisation touristique et culturelle. « On a envie de s’amuser à Bethléem », dit-il, « surtout après un an et demi d’incertitude économique et de crise sanitaire ».

La rue des Mages mène à la Community Home

Cette soirée a été une tentative importante pour Bethléem et pour Pro Terra Sancta : le nombre de personnes qui ont visité l’exposition, le Mosaic Centre et sont restées pour le concert a dépassé les attentes. 

Le nouveau Dar al Majus Community Home ouvrira bientôt, un lieu où la communauté locale pourra trouver de l’assistance sociale et financière, des cours de formation et d’insertion professionnelle.

Non seulement un lieu de solidarité : le vieux palais rénové accueillera également un espace muséal dédié au patrimoine historique et religieux de Bethléem, présenté aux pèlerins et aux citoyens à travers une expérience visuelle et virtuelle immersive. 

« La participation, l’enthousiasme, la disponibilité… l’appréciation et la reconnaissance de ceux qui sont ici ce soir nous encourage à continuer sur la voie des Mages malgré toutes les difficultés et la fatigue », nous avoue Vincenzo.

Madame Maryam n’a pas manqué non plus : nous la rencontrerons de nouveau plus tard donnant sur son balcon et, après, parmi la foule de personnes assises en face de la scène pour écouter Lina, la jeune chanteuse de Bethléem qui, avant le Covid, animait les soirées de Dubaï avec sa voix. 

Ce soir, accompagnée de mandoline, qanun (une sorte de cithare), contrebasse et percussions dans un répertoire folk inspiré de la mémoire historique de la ville, elle a chanté la joie, l’amitié et la solidarité : tout ce que Star Street indique pour Bethléem.